Cyberattaques en Haute-Savoie : ce que révèlent les derniers chiffres

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Le 15 juin 2026, au premier jour du sommet du G7 organisé à Évian-les-Bains, plusieurs sites Internet liés à des institutions et services publics de Haute-Savoie ont été ciblés par des cyberattaques. Des plateformes associées aux communes d’Évian-les-Bains, Thonon-les-Bains, Annecy et Saint-Gingolph ont notamment été visées. Ces attaques, revendiquées par un groupe de pirates prorusses, n’ont pas entraîné de conséquences graves, mais elles rappellent que la Haute-Savoie n’est pas à l’écart des tensions qui traversent le cyberespace.

Cet épisode très médiatisé ne représente toutefois qu’une partie de la menace. Pour les entreprises locales, le risque le plus courant ne vient pas nécessairement d’un groupe lié à un contexte géopolitique. Il prend généralement une forme beaucoup plus ordinaire : un mot de passe compromis, un faux courriel, une facture frauduleuse, une vulnérabilité non corrigée ou une sauvegarde devenue inutilisable.

Que nous apprennent réellement les derniers chiffres sur l’exposition des entreprises de Haute-Savoie ?

Peut-on connaître le nombre exact de cyberattaques en Haute-Savoie ?

Il n’existe pas de statistique publique réunissant, à l’échelle du département, la totalité des cyberattaques subies par les entreprises, les associations et les collectivités. Les chiffres disponibles correspondent à des plaintes, des demandes d’assistance, des signalements ou des incidents traités par différents organismes.

L’ANSSI précise elle-même que ses données reposent sur les événements portés à sa connaissance et ne sont pas nécessairement représentatives de toutes les attaques qui touchent les organisations françaises. Une entreprise qui bloque rapidement une tentative de phishing, qui règle discrètement un incident avec son prestataire ou qui ne dépose pas plainte peut donc ne jamais apparaître dans les statistiques nationales.

L’absence de décompte départemental exhaustif ne signifie pas que la menace est marginale. Les indicateurs publiés en 2026 montrent au contraire une pression durable sur l’ensemble du tissu économique français.

Plus de 453 000 atteintes numériques enregistrées en France

Le rapport annuel 2026 du ministère de l’Intérieur consacré à la cybercriminalité comptabilise 453 200 atteintes numériques enregistrées en 2025. Ce nombre a augmenté de 87 % en cinq ans.

Parmi ces faits :

  • 61,9 % correspondent à des atteintes numériques aux biens ;
  • 33 % concernent des atteintes numériques aux personnes ;
  • 17 600 portent directement sur des systèmes d’information.

Ces chiffres englobent des situations très différentes : escroqueries en ligne, piratages de comptes, intrusions informatiques, extorsions, atteintes aux données ou encore attaques contre les infrastructures numériques. Ils montrent surtout que la cybercriminalité s’est installée dans le quotidien des particuliers comme des entreprises.

Les incidents confirmés restent à un niveau élevé

L’ANSSI a traité 3 586 événements de sécurité en 2025, dont 1 366 incidents confirmés. Le nombre global d’événements diminue par rapport à 2024, année marquée par les Jeux olympiques et paralympiques de Paris, mais le nombre d’incidents confirmés reste pratiquement stable.

Quatre secteurs ont concentré 76 % des incidents portés à la connaissance de l’Agence :

  • l’éducation et la recherche : 34 % ;
  • les ministères et les collectivités territoriales : 24 % ;
  • la santé : 10 % ;
  • les télécommunications : 9 %.

L’ANSSI a également recensé 128 compromissions par rançongiciel en 2025. Les TPE, PME et ETI demeurent la catégorie d’organisations la plus touchée par ces attaques. En parallèle, les incidents d’exfiltration de données ont fortement progressé, passant de 130 cas en 2024 à 196 en 2025.

Cette évolution est importante : les cybercriminels ne cherchent plus systématiquement à chiffrer les serveurs de leur victime. Certains préfèrent voler les données, menacer de les publier, les revendre ou les utiliser pour préparer de nouvelles fraudes.

Phishing, fuite de données et piratage de compte en forte progression

Cybermalveillance.gouv.fr a accompagné plus de 500 000 victimes en 2025, soit une augmentation de 20 % en un an.

Les demandes d’assistance concernant une violation de données ont bondi de 107 %. L’hameçonnage, ou phishing, a progressé de 70 % et reste la première menace observée, tous publics confondus. Pour les professionnels, le piratage de comptes en ligne arrive en tête des recherches d’assistance, avec une progression de 45 %.

Ces chiffres dessinent un scénario particulièrement fréquent dans les entreprises :

  1. des identifiants sont récupérés après un phishing ou une fuite de données ;
  2. l’attaquant accède à une messagerie professionnelle ;
  3. il étudie les échanges, les fournisseurs et les habitudes de paiement ;
  4. il détourne une facture, réclame un virement ou utilise le compte pour attaquer d’autres collaborateurs.

Une simple boîte mail compromise peut ainsi devenir le point de départ d’une fraude financière, d’une fuite de données ou d’une attaque plus étendue contre le système d’information.

Pourquoi le tissu économique haut-savoyard est-il exposé ?

La Haute-Savoie comptait 84 991 unités légales économiquement actives et 94 549 établissements actifs dans les dernières données de stock disponibles. En 2025, 15 170 entreprises supplémentaires ont été créées dans le département.

Le territoire rassemble notamment :

  • 17 438 entreprises dans le commerce, les transports, l’hébergement et la restauration ;
  • 15 394 dans les activités spécialisées, scientifiques, techniques et administratives ;
  • 14 480 dans l’enseignement, la santé et l’action sociale ;
  • 10 440 dans la construction ;
  • 4 763 dans l’industrie.

À cela s’ajoutent de nombreux cabinets, commerces, hôtels, sous-traitants industriels, collectivités et structures de santé.

Cette diversité fait la force économique du département, mais elle élargit également sa surface d’exposition. Chaque entreprise possède des messageries, des logiciels métiers, des accès distants, des données clients, des équipements connectés et des prestataires. Or une attaque peut passer par le maillon le moins protégé de cette chaîne.

Dans une entreprise industrielle, l’interruption du système informatique peut ralentir ou arrêter la production. Dans un hôtel, elle peut perturber les réservations et les paiements. Dans un cabinet médical, elle peut exposer des données sensibles. Dans une entreprise du bâtiment, une messagerie piratée peut permettre le détournement d’un règlement fournisseur.

Quatre enseignements à retenir pour les entreprises locales

  1. La messagerie est devenue une porte d’entrée majeure

L’augmentation du phishing et des piratages de comptes confirme l’importance de sécuriser les accès. L’authentification multifacteur doit être activée en priorité sur les messageries, les outils d’administration, les logiciels métiers et les accès à distance.

Un mot de passe volé ne doit pas suffire à ouvrir l’ensemble du système d’information.

  1. Les équipements exposés doivent être surveillés et mis à jour

L’ANSSI constate que les équipements situés en bordure du système d’information restent particulièrement ciblés : pare-feu, VPN, serveurs accessibles depuis Internet ou outils de télémaintenance. Une vulnérabilité connue et non corrigée peut être exploitée automatiquement, parfois quelques heures seulement après sa publication.

La mise à jour régulière des équipements et la supervision des connexions ne sont donc plus de simples opérations de maintenance.

  1. Une sauvegarde n’est utile que lorsqu’elle peut être restaurée

Les données critiques doivent être sauvegardées sur plusieurs supports, avec au moins une copie isolée du réseau principal. Les restaurations doivent être testées régulièrement.

Une sauvegarde connectée en permanence au système peut être supprimée ou chiffrée en même temps que les données de production.

  1. La réaction doit être préparée avant l’incident

Lorsqu’une attaque survient, les premières décisions ont un impact direct sur ses conséquences. L’entreprise doit savoir qui contacter, comment isoler un poste compromis, comment conserver les preuves, comment poursuivre son activité et dans quelles situations prévenir ses clients, son assureur, la CNIL ou les autorités.

Le dispositif national 17Cyber permet également aux particuliers, entreprises et collectivités d’obtenir une première assistance en cas d’incident.

La cybersécurité devient un enjeu de continuité d’activité

Les derniers chiffres ne permettent pas d’affirmer combien d’entreprises de Haute-Savoie ont été attaquées au cours de l’année. Ils permettent en revanche de tirer une conclusion claire : aucune taille d’organisation ni aucun secteur d’activité ne peut désormais considérer le risque cyber comme lointain.

Pour une PME, l’objectif n’est pas de construire une infrastructure comparable à celle d’un grand groupe. Il est de protéger les accès les plus sensibles, corriger rapidement les vulnérabilités, sauvegarder les données, surveiller les comportements anormaux et préparer la réponse à incident.

MB2I accompagne les entreprises de Haute-Savoie dans l’audit, la sécurisation et la supervision de leur système d’information. Une démarche de cybersécurité efficace commence par une évaluation réaliste de l’existant et par un plan d’action adapté aux risques réels de l’entreprise.

Sources :

  • Panorama de la cybermenace 2025, ANSSI, publié le 11 mars 2026.
  • Rapport annuel sur la cybercriminalité 2026, ministère de l’Intérieur.
  • Rapport d’activité et état de la menace 2025, Cybermalveillance.gouv.fr, publié en mars 2026.
  • Dossier économique du département de la Haute-Savoie, Insee.
  • Accompagnement de la cybersécurité du G7 d’Évian, ANSSI, juin 2026.

 

 

 

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